Pierre Bouchard-Une Vie

Joe Clark 1976
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La campagne au leadership du parti progressiste-conservateur en 1975-6

Oct. 1975:

Rencontre de Joe Clark au bureau du docteur chiropraticien Rivard. Avec Claude Boisselle et Gilles Pratte, formation du noyau de l’organisation au Québec. Pourquoi Joe Clark? Les deux candidats du Québec Claude Wagner et Brian Mulroney me sont inacceptables et Joe est le seul candidat à pouvoir être considéré comme bilingue.

1 novembre 1975 :

Location d'un  bureau Place de la Mode rue St-Denis pour la campagne de Joe: 1500$ pour 4 mois jusqu’au 1er mars 76. Une aubaine, courtoisie de mon client tricoteur Nathanson. Mon ex-secrétaire Nicole Gaudreault s’en occupe.

Novembre 1975 :

Rencontre avec Joe Clark à Ottawa à son bureau d’Ottawa où l’on détermine que le candidat Clark devra avoir 50 délégués du Québec bien identifiés et actifs dès le début de la convention s’il veut avoir une chance de gagner.

17 novembre 1975 :

Ouverture de la campagne de Joe à Edmonton. Rencontre des autres organisateurs de la campagne et du trésorier. Budget 25000$ à être collecté dans la province, mais ils nous prêtent 10000$ pour commencer les opérations. Florent Riopel est notre trésorier.

19 novembre 1975 :

Conférence de presse de Joe Clark au Holiday Inn Place Dupuis pour lancer sa campagne au Québec. Les premiers rapports de presse sont bons et consacrent son statut bilingue.

Début décembre 1975.

Voyage avec Joe en Abitibi : premiers délégués acquis à notre cause. Problèmes de  verglas au retour à Saint-Jovite : nous devons passer la nuit dans un motel vraiment moche : Joe ne se plaint pas.

16 janvier 1976 :

Comité des créances du Congrès à Ottawa; personne ne prend Joe au sérieux.

4 février 1976:

Comité des créances à Ottawa; pour Joe la situation s’améliore : il court pour la prochaine fois. La lutte semble se situer entre Wagner, Mulroney et Hellyer.

19-22 Février 1976:

Convention à Ottawa. Le Québec livre 50 délégués bien vivants et très actifs et enthousiastes. Je fais les manchettes des journaux avec mes questions aux candidats :

bulletQuestion à Mulroney sur la vente de réacteurs Candu à la Corée; il se fourvoie en prenant position contraire au caucus qui a voté sur la question deux semaines

auparavant

bulletQuestion sur la peine de mort à Hellyer. Quand il me répond qu’il convoquera un référendum sur la question, je lui demande comment lui, il votera à ce référendum.

Il a l’air fou d’expliquer que ce vote est personnel et confidentiel.

bulletWagner, lui, ne tolère pas de questions.

Le J.C. club au Château Laurier (voir photo)

Nous avions loué une suite au Château Laurier où j’invente un Key Club pour J.C. (Jésus Christ ou Joe Clark). Ne peuvent y entrer que les gens possédant une clef que nos girls (Claudette Martin, Mireille Croteau et Nicole Gaudreault) distribuent parcimonieusement aux délégués votants seulement. Même le « policier» de la convention Lincoln Alexander, se fait refuser l’accès parce qu’il n’a pas de clé. Gilles Pratte fournit la bière du Québec qu’il passe en contrebande dans ses valises d’échantillons de lunettes. Germain Massé a dû passer 60 heures d’affilées au piano style 'Honky Tonk'. Le salon sert de lieu de triage et les deux chambres servent de « confessionnal » au "doc" Rivard et à moi. Notre tâche était de convaincre les délégués hésitants de donner une chance à Joe et ceux qui étaient déjà commis à un autre candidat, de faire de Joe leur deuxième choix. Plusieurs observateurs (Joe n’était pas courant) ont déterminé que cette opération avait probablement fait la différence dans le vote au 4ème tour où Joe l’a emporté par 63 votes.

Opération MacTac

Une autre de nos opérations a consisté à créer la bisbille entre nos deux principaux adversaires au Québec, Mulroney et Wagner. Gilles Pratte avait fait imprimer des autocollants « MacTac » pratiquement indécollables. L’un d’eux déclarait 'Mulroney=Money' et l’autre 'Wagner= $300,000', montant de la fiducie créée pour l’attirer chez les conservateurs. On créait la bisbille en commentant le texte de ces autocollants devant les partisans du candidat attaqué en laissant croire que c’était l’organisation de l’autre candidat qui devait en être responsable, et en montrant que Joe lui, était un bon deuxième choix au cas où leur homme devrait s’effacer….

Le jour même de la convention, j’ai une première expérience de communication avec des walkies-talkies. Un ami de la famille MacTeer, du nom de madame Joe Clark, a monté un système tellement efficace que nous pouvions donner un mot d’ordre sur le plancher de la convention en moins de deux minutes.

J’étais tellement confiant que j'ai signé un endossement de 2,000$ pour un prêt bancaire à la campagne nationale, le jour du début de la Convention. C’est la seule fois que j’ai fait cela. Papa m’avait appris que de mettre du temps dans la politique c’était très bien, mais que d’y mettre aussi de l’argent c’était stupide….

Des articles élogieux ont paru sur moi de Peter Newman dans MacLean’s et de Geoff Simpson dans le Globe & Mail. Aussi il y a eu l’interview de Laurier LaPierre à CBC-TV.

23 février 1976 :

Le juge Claude Vallerand, un ex-associé chez Blain Piché, alors à la cour supérieure, préside un procès où je représente l’une des parties; devant mon extinction de voix, il m'accorde une remise du procès sans discussion: il m’a vu le soir précédent à la TV. Je passe le reste de la matinée dans son bureau à expliquer comment nous avons gagné la convention.

26 février 76 :

Un cotiseur d’impôt me visite au bureau : je ne crois pas à simple coïncidence; je suis dans les grosses ligues maintenant…

En conclusion, cette convention a été le haut point de ma carrière politique. Je n'ai malheureusement pas pu continuer car je n’ai pas voulu quitter mes associés pour aller à Ottawa et continuer mon travail. Quand Joe a été élu Premier Ministre en 1979 (pour 9 mois), j’étais déjà oublié. Quand Mulroney a été élu en 1984, il s’est souvenu de la convention et cela ne m’a pas été bénéfique…..