Pierre Bouchard-Une Vie

Droit des affaires
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C’est Samuel Chait c.r. qui m’a fait connaître une dimension inconnue de moi, l’avocat d’affaires qu’il qualifiait ainsi : celui qui pense à la loi en fonction d’un résultat pratique pour son client plutôt qu’au plaisir d’une belle cause gagnée.

9 Février 1970:

Début de la firme d'avocats Bouchard Cytrynbaum Wex au #1333, 500 place d’Armes; résultats du premier mois; 513$ de rentrées et 5300$ de recevables. Les plaisirs de la petite organisation efficace. Je cherche les clients et plaide. Stan Cytrynbaum fait l’administration et le contractuel. Sam Wex fait les recherches jurisprudentielles et doctrinales. Ce fut l'équipe parfaite pendant des années. Ce furent aussi mes meilleures années financièrement parlant. Un client de Sam Wex, Marvyn Grover me demande de plaider, à coût raisonnable, des dizaines de griefs du syndicat de la Regent Knitting à Saint-Jérome. Ce fut un retour au droit de travail que j'avais délaissé depuis mes années avec Guy Gagnon chez Blain Piché.

12 juin 1970 :

Yvon Lanthier, que j’ai rencontré aux élections provinciales de 1970 m’introduit au monde très lucratif de l’expropriation. Je n’ai plaidé qu’un dossier en 15 ans sur les centaines que j’ai ouverts.

4-9 mars 1971:

Grande tempête: Il tombe 47 cm de neige en 24 heures à Montréal; je monte en Abitibi pour le procès de Garage Amos contre Bombardier. Mur de neige de 15 pieds de haut à Saint-Jérome. Au procès, je me sers de mes racines abitibiennes pour forcer Bombardier à un règlement très satisfaisant pour André Gagnon.

16 juillet 1971 :

Première rencontre avec Gilles Lavoie du Ministère du travail. C’est un fonctionnaire d’affaires (le premier que je rencontre) qui encourage le développement de la notion d’entrepreneur indépendant dans l’industrie de l’enlèvement des rebuts.

25 novembre 1972 :

Déménagement de la Place d’Armes à 4141 Sherbrooke où nous resterons jusqu’en 1991.

Mai 1974 :

Mon association avec Regent Knitting me met en contact avec tous les tricoteurs du Québec qui sont menacés de tomber sous la juridiction du comité paritaire de la robe, car leurs vêtements tricotés font une dure compétition aux vêtements tissés conventionnels. Encore une fois c’est ma réputation d’avocat d’affaires-plaideur qui me donne ces 24 clients en droit du travail.

23 juin 1975:

Roma Gohier  De Société Sanitaire Laval m’est présenté par Gilles Lavoie. Il deviendra un gros client qui mettra en pratique les principes de Gilles sur les employés-entrepreneurs dans son entreprise Société Sanitaire Laval.

27 Janvier 76:

Rencontre de Gabriel Sélam au restaurant Bluenose de la Place Ville-Marie. Sa société S.E.P.A Levage avait obtenu le contrat pour les câbles et la quincaillerie générale pour le toit du stade olympique. Quand la Régie des Installations Olympiques (RIO) a pris possession  du stade en décembre 1975, sa première décision fut de ne pas terminer le mât du stade. On n’avait donc pas besoin des fournitures de la S.E.P.A. Quand j’ai rencontré Gabriel Selam, il voulait prendre action; je l’en ai dissuadé et j’ai négocié non seulement le paiement des fournitures suivant le contrat initial, mais aussi un contrat de location d’entrepôt près de Marseille pour le Kevlar du toit en attendant que le mat  soit construit et le stade terminé. Ce qui ne devait durer qu’un an continua jusqu’en 1982. Sélam fit une fortune dans cette affaire. Il fit aussi une très bonne affaire en achetant une maison splendide sur 375 pieds de frontage sur le lac Memphrémagog. Il perdit beaucoup d’argent lorsqu’il voulut implanter la S.E.P.A. à Granby malgré mon avis défavorable. Gaby devint un grand ami et je ne compte pas les voyages que l’on a fait ensemble dans le Grand nord, dans les Caraïbes et dans la Méditerranée et évidemment en France. Je lui dois aussi mon voyage sur le Concorde.

 

1975-1982 :

Regent Knitting Mills Ltd : saga de Tricofil : les employés de l’usine de Saint-Jérôme décident de fonder Tricofil  qui est la première tentative d’autogestion au Québec. Ces employés  ont loué en 1975 l'usine où ils travaillaient  pour une somme de 51000$ par mois net/net afin d’en éviter la fermeture. En 1978, Tricofil avec l’aide du gouvernement péquiste décide d’acheter les immeubles et machineries pour un total de 750,000$. La saga se termine en 1982 par la fermeture de ce qui fut une idée généreuse du chanoine Jacques Grandmaison et qui échoua sur les écueils que furent l’égoïsme humain et la récession économique de 1981-2. C’est l’affaire qui m’a le plus mis en contact avec les médias et mon expérience en politique m’aida beaucoup dans ce domaine.

Été 1976 :

Gilles Lavoie me présente Gérard Chaput au comité paritaire du vêtement féminin. Ce comité paritaire a été mis en tutelle par le gouvernement et j’ai aidé l’administrateur dans sa tâche. En plus des changements administratifs il a fallu se défendre des empiètements du comité de la Robe et ceux du vêtement masculin.

5 août 1977 :

Toujours à cause de mes relations avec Regent Knitting, je suis mêlé à une affaire de succession: celle de la famille Grover. Je suis celui qui trouve la faille dans le testament du père qui permet au fils Marvyn de prendre le contrôle de Grover Mills (l’usine de Montréal). Ce dernier élimine la production de sous-vêtements qui se trouve sous la direction de son beau-frère Litwick qui mine la rentabilité de l’entreprise. Cette décision amène une période faste dans la production de tricot de velours qui fera sa fortune. Malheureusement cette décision d’affaires entraîne une dispute avec la mère de Marvyn Grover, dispute qui s’est prolongée jusqu’à sa mort. A la suite de ce coup de force, une séparation des biens qui traînait depuis 1967 put être effectuée.

17 août 1981 :

Funérailles de Roma Gohier de Société Sanitaire Laval.

6 avril 1982 :

Funérailles de Samuel Chait c.r.

Novembre 1985 :

Funérailles de Gaby Sélam.

Avril 1986-janvier 1989 :

Années sabbatiques. Je crois que j'ai eu un burnout et devant les décès ci-haut ainsi que ceux de mes amis  Noël Vallerand et de  Jean Marc Cyr, je décide de suspendre indéfiniment ma pratique du droit. Pendant presque trois ans, je fis de la plongée sous-marine, des voyages et  je m'intéresse au vin. Puis je réalisai que je m'ennuyais de la pratique active et mes anciens associés m'accueillirent à bras ouverts en février 1989.

Avril 89 :

Voyage au USA pour recruter Waste Management comme client. Ma seule réussite en matière d’avocat d’affaires après mes années sabbatiques.

Mai 1991 :

On déménage à Alexis Nihon boulevard de Maisonneuve ouest, comme sous-locataires de la société Ivanhoé, elle-même filiale de Steinberg.

30 juin 1993:

Fin de Bouchard Cytrynbaum après 23 ans d’existence. C’est la terminaison du bail suite à la faillite de Steinberg's qui nous a donné le coup de grâce.

                    

    Avec Jean-Claude Pothier et Stan Cytrynbaum, mes ex-associés.

Avec les années, j’ai compris que plaider n’était souvent pas une solution. Mes clients ont toujours apprécié de savoir que je pensais à leur intérêt pratique d’affaires avant de faire de la jurisprudence.