Pierre Bouchard-Une Vie

mes parents
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(Sous licence des héritiers de Gaby photographe)

Jacques en 1958

Yvonne à la maison d'Amos en 1956

Papa

(Jacques Bouchard)

Papa est l’exemple parfait de ce que la détermination et la force de caractère peuvent accomplir. Avec son petit cours commercial des frères du Sacré-Cœur, il débarque à l’âge de 15 ans à Amos en Abitibi, région qui venait à peine de s’ouvrir à la colonisation. Son premier travail: coursier dans un bureau d’assurances. Son premier salaire: 5.00$ par semaine. En dix ans il devient propriétaire de ce premier bureau d’assurances et continue d’aider ses parents à éduquer ses sœurs plus jeunes que lui. Organisateur politique, il participe à l’odyssée de Maurice Duplessis et de l’Union Nationale, dont il sera l’un des piliers en Abitibi. Nationaliste élargi, il continuera toute sa vie d’être conservateur au fédéral. Sa connaissance précoce de l’anglais lui permet d’entrer dans le marché très lucratif de l’assurance des mines qui poussent à l ‘époque en Abitibi. Homme d’église et d’œuvres, il construira le premier Sanatorium à Macamic, il établira le Service Social diocésain, il sera président du comité protecteur des scouts. Son implication dans le mouvement Rotary International lui ouvre le monde qu’il parcourra dans tous les sens. La politique fédérale le mit en contact avec les Bracken, Drew et Diefenbaker; il devint même vice-président national du parti Progressiste-Conservateur. Il se retire des affaires en 1966, achète la ferme dont il rêvait depuis toujours sur les bords de la rivière Harricana, continue de voyager avant de décéder le 26 janvier 1982. Le monde politique lui avait conféré l’Ordre du Canada. Le monde religieux l’avait consacré chevalier de l’Ordre de Malte.

Papa fut le ressort de toute ma vie. Exigeant, avare de compliments, il me poussa toujours plus haut. Probablement le plus beau jour de ma vie fut son compliment lorsque je fis élire Joe Clark à la tête du parti PC en 1976. Je lui avais expliqué ma stratégie, et les raisons de mon choix avec lequel il était en profond désaccord; la suite des événements m’avait complètement donné raison.

Sa mort causa un grand vide dans ma vie, et je dois avouer que j’aurais bien apprécié son ressort quelquefois par la suite. Son sens du devoir et sa grande probité sont des balises constantes pour moi.

voir aussi

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_J._Bouchard

Maman

 (Yvonne Devreese)

Issue d’une famille d’immigrants belges, maman est née à Ste-Hyacinthe en septembre 1908. Elle perdit sa mère pendant l’épidémie de grippe espagnole de 1919.

Le travail de grand-père Daniel l’amenait loin des grands centres et plus précisément en Abitibi, région située à environ 200 kms au sud de la baie James dans le Nord-Ouest québécois. Il se fixa à Amos en 1919 et y demeura jusqu’à sa disparition en 1936. J'ai appris qu'il était mort à Montréal en Octobre 1962

Maman fut éduquée comme pensionnaire au Mont-Sainte-Marie chez les sœurs de la Congrégation. En 1924 à l’âge de 15 ans, elle vint rejoindre son père à Amos. Amos était le chef-lieu de l’Abitibi, région qui ne s’était ouverte à la civilisation que 12 ans auparavant. Le confort était inexistant et la vie rude. A L’hiver des –40º succédaient la boue et les nuées de mouches noires du début de l’été. Et pourtant elle aima ce pays pour y demeurer jusqu’en 1987.

Elle devint à 21 ans la première femme sténographe judiciaire de l’histoire de la province de Québec. Elle travailla comme secrétaire juridique pour un des ténors du Barreau, Me Lucien Ladouceur c.r. qui lui offrit de payer ses études de droit. Elle refusa pour se marier. Si elle avait accepté et réussi les examens, maman serait devenue la première avocate de l’histoire du Barreau de Québec.

Son mariage le 29 juin 1933 amena, comme c’était la coutume à l’époque, la fin de sa carrière professionnelle. Elle a eu deux garçons, Yves en1934 et moi-même en 1938.

En 1942, papa fut touché par une cécité pratiquement totale due à un anévrisme au cerveau. 18 mois durant, maman dut laisser sa famille et diriger le bureau d’assurances, pendant que mon père subissait une opération délicate au cerveau et récupérait la vue. Signe des temps, dès le retour de papa aux affaires, maman fut renvoyée à la maison et aux enfants, même si son intervention avait été particulièrement utile et efficace.

Les 25 années qui suivirent la fin de la guerre furent celles des grands voyages : mes parents firent trois fois le tour du monde en 1952, 1956 et 1968 en plus de nombreux voyages plus courts.

A compter de 1956, maman qui s’ennuyait parce que ses enfants étaient aux études loin de la maison, se mit à écrire: au début des articles de journaux, puis des articles de magazine, des recueils et finalement des romans dont le dernier fut publié à l’occasion du Salon du livre de Montréal en 1990; elle venait de fêter son 82ième anniversaire. Au début de sa carrière littéraire, elle employait comme nom de plume le nom de sa mère, Hélène Pangeart (d’Ordorp).

Il est certain que la mort de papa en janvier 1982 a profondément changé la vie de maman mais elle a continué à écrire et à vivre en Abitibi jusqu’à ce qu’elle désire se rapprocher de ses deux fils et de ses trois petits-enfants en 1987. Elle fit une chute sérieuse en janvier 1996, ce qui amena une longue hospitalisation. Elle demeura avec moi pendant 19 mois et résida au CHSLD Armand-Lavergne à Montréal depuis 1998 jusqu'à son décès le 15 juillet 2003..

Maman a été pour moi l’image de la force de caractère alliée à une subtilité et à un bon goût sans égal. J’ai dû la faire damner bien souvent avec mon laisser-aller vestimentaire. Jusqu'à la fin elle a été la grande dame au grand coeur.

 

Mon frère Yves

Yves Bouchard

3 juin 1934-25 mai 2002

Athlète, mince, grand, sociable, charmeur, en fait tout mon contraire, et pourtant, tu me manques tant.

Yves a été mon modèle de grand frère que j’embêtais à vouloir suivre, qui m’a montré à nager quand j’étais tout jeune et à vider un poisson quand j’étais adulte. Je l’ai suivi au Camp St. Regis où il avait été meilleur campeur et meilleur boxeur, alors que je n’y ai rien fait de remarquable. Adulte, il adorait le vol à voile alors que j'adorais la plongée sous-marine.

Puis, nous nous sommes perdus de vue, sa vie professionnelle l’entraînant dans le nord de l’Ontario, puis à London pour son MBA et enfin à Toronto pendant que je faisais ma place à Montréal.

En 1968, nous nous sommes retrouvés à Montréal aux commandes de la Société d’Habitation Urbaine. En 1970, après la fin de l’aventure immobilière, nos chemins se sont à nouveau séparés.

Nous nous sommes revus épisodiquement au club de pèche d’Amos et à l’occasion de litiges pour ses compagnies qu’il m’apportait comme clientes.

En 1988 quand maman est revenue à Montréal, j’ai connu la vraie dimension de mon grand frère: son attachement et sa dévotion à maman m’ont émerveillé. Il s’en est occupé tant que sa santé le lui a permis.

Et il m’a donné un exemple d’abnégation et de grandeur d’âme dans les deux années qui ont précédé son départ. Catholique pratiquant depuis le début des années 80, il n’avait pas peur de la mort et c’est lui qui me consolait quand je pleurais d’impuissance devant les progrès de sa maladie.

Yves, mon grand, combien je regrette ces années où nous avons été séparés! Ce n’est qu’à la fin que j’ai compris combien nos intérêts étaient similaires. A la "revoyure"!

 

Oncle Louis

Louis Bouchard s.j 

Avant d’être jésuite, Oncle Louis (né le 13 mai 1909 et entré chez les jésuites en 1930) fut un champion junior de saut de ski dans les années 20. Après son cours classique au Séminaire de Trois-Rivières il joint les jésuites, et devient missionnaire en Chine (Suchow) de 1936 à 1938.

Il revient en 1939 pour être ordonné prêtre en 1941; il devient procureur de missions à Québec à Sillery puis à Montréal (762 Sherbrooke ouest) Procure des Missions de Chine à partir de 1944 jusqu`à 1972 cette longue prestation est très inusitée pour les Jésuites qui doivent normalement changer de poste à tous les 6 ans. Il parlait sept langues et était reconnu pour son apostolat dans les hôpitaux de la région de Montréal. Il décède en 1989.

Souvenirs:

· Étés 1952 et 53: oncle Louis me trouve un camp d ‘été. Camp St-Regis Easthampton, Long Island NY USA.

· 17 Août 1963: Oncle Louis officie à mon mariage à Louise Grignon; chapelle Sacré-Cœur dans l’Est de Montréal.

· 31 mai 1972: début politique dans Oncle Louis me sert d’interviewer sur Cablevision Nationale;le ruban magnétoscopique 1 pouce existe encore dans mes dossiers

· 30 juin 1973 Messe à Brébeuf par oncle Louis à l’occasion du 40ème anniversaire de mariage de maman et papa; dîner au Festin des Gouverneurs. C’est la dernière fois où la famille est au complet. Ensuite divorce de Yves et Solange

· 5 mai 1980: dîner prolongé au restaurant Le Neufchâtel du Château Champlain avec Jos Blain, oncle Louis et Paul Gérin-Lajoie; discussion animée et passionnante de l’impact de la souveraineté du Québec. Tout juste avant le premier référendum.

· 8 Déc. 1989; funérailles d’oncle Louis. Je lis l’épître à ses funérailles à Notre-Dame des Neiges.

Oncle Louis m’a fait connaître une religion humaniste, tolérante et compréhensive. Je ne sais pas comment il faisait, mais il alliait un talent indéniable d’homme d’affaires à une spiritualité dont j’ai souvent pu bénéficier. Inconditionnel de Maurice Duplessis, cet homme, bon entre tous, avait peur de la mort. Je n’y comprends encore rien.

Tante Laure Bouchard ( Soeur Louis-Arthur)

1913-1985

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